Trente ans aux forges courbé
Et un matin juste une lettre
Cher Monsieur vous êtes licencié
Jamais vous ne toucherez votre retraite…
Trente ans aux forges courbé
Et un matin juste une lettre
Cher Monsieur vous êtes licencié
Jamais vous ne toucherez votre retraite…
Ce qu’il y a de plus accablant lorsqu’on observe un ami de 35 ans avec lequel, à 20, on a rêvé de révolution, ce n’est pas tant ce qu’il est devenu, qui, faute d’être glorieux, parvient parfois à être digne, mais bien plus l’image estompée de ce qu’il aurait pu être. Ce qui blesse et qui afflige, c’est bien le constat de la disparition de pans entiers de son caractère, l’évidence de l’écrasement de tout sentiment artistique, le visage fade de la domestication de la sensibilité… Ce qu’alors on ne peut pardonner c’est cette fermeture de la porte des possibles au profit d’une existence matérialiste qui, si elle exige un tel sacrifice, ne peut être qu’une aliénation.
Toujours « La police avec nous ! » aux commissures de leurs lèvres gercées
Toujours un petit sourire hargneux devant un Coupat menotté
Toujours, sur les cours de la Bourse, un regard inquiet
Toujours à l’Ordre la Justice prêts à sacrifier