Le Magazine des Normands

Débat sur la Communauté Urbaine : l’avis du Mouvement Normand

Le projet de création d’une Communauté Urbaine de Rouen semble connaître un coup d’arrêt momentané. Nous espérons que ce n’est pas définitif. C’est un sujet que le Mouvement Normand a déjà abordé (cf le communiqué n° 64 – semaine 29 – 2008, intitulé « L’ambition « normande » de Laurent Fabius »).

Avant d’analyser la situation, nous émettons les pétitions de principe suivantes :

Débat sur la Communauté Urbaine : l’avis du Mouvement Normand

  1. Tout ce qui concerne l’espace urbain de Rouen concerne tous les Normands.
  2. Il en est évidemment de même pour les « agglos » de Caen-La Mer et la CODAH (Communauté d’agglomération du Havre) ou la C.U.C. (Communauté Urbaine de Cherbourg) ou tout autre espace urbain normand…
  3. Que ce soit Laurent Fabius, président de l’actuelle « Agglo de Rouen », qui se présente comme le promoteur du projet de Communauté Urbaine de Rouen, ne constitue en rien – à nos yeux – un motif de réticences. Ceux qui s’opposent au projet se recrute aussi bien à Droite qu’à Gauche, avec certains Socialistes plus que réservés et des Communistes faisant la fine bouche. Le problème, pour le Mouvement Normand, est à replacer dans sa véritable dimension, qui ne peut être politicienne, mais bel et bien un enjeu d’aménagement du territoire.
  4. Nous sommes à la veille de la présentation du rapport de la Commission Balladur : il sera intéressant de voir si les « sages » se prononcent pour le regroupement des actuelles Communautés de Communes – trop petites pour être efficaces – et, donc, encouragent un mouvement national de créations d’entités territoriales plus vastes (regroupement de régions, créations de communautés urbaines, fusions de C.D.C.). Le Mouvement Normand, en tout cas, l’espère pour la Normandie, dont les convergences fusionnelles semblent évidentes, pour l’élargissement des « agglos » et des communautés urbaines, pour un échelon C.D.C. qui marque vraiment un désir de rupture avec les égoïsmes communaux, source d’impuissances et de « doublonnages » inutiles.

A titre d’exemple – et pour bien montrer que nous ne sommes pas obnubilés par le seul cas de Rouen -, nous estimons RIDICULE et CONTRE-PRODUCTIF que la C.D.C. d’Ouistreham ne soit pas rattachée à l’Agglo Caen – La Mer : la position d’André Ledran, maire P.S. d’Ouistreham, relève du caprice et de la caricature…
Il y aurait aussi à dire de certaines communes des environs de Cherbourg refusant d’adhérer à la C.U.C.

Venons en à notre affaire : peu après avoir accédé à la Présidence de l’actuelle « Agglo de Rouen », Laurent Fabius a émis le souhait de la transformer en communauté urbaine. Le but premier est d’atteindre une taille suffisante pour que la population concernée dépasse les 500 000 habitants et que la Communauté Urbaine de Rouen devienne « le premier territoire du Nord-Ouest » (Paris-Normandie, 10 janvier 2009).

Comment y parvenir ?

Réunir dans une même entité, outre l’Agglo de Rouen (411453 hab.), la CDC Seine-Austreberthe (17692 hab.), celle du Trait-Yainville (6578 hab.), la Communauté d’Agglomération d’Elbeuf – Boucle de Seine (60000 hab.), la CASE – Communauté Seine-Eure (58062 hab.), la CDC Caux-Austreberthe (23525 hab.) – chiffres tirés de l’article de Paris-Normandie du 12 février dernier-.

Pour quoi faire ?

Outre la puissance économique d’un tel ensemble, qui serait un élément primordial d’attractivité, l’objectif essentiel serait de développer, entre autres perspectives, un véritable réseau de transports collectifs à destination d’un bassin d’emplois tout à fait cohérent. Et puis 500 000 habitants, chiffre indispensable pour être pleinement une Communauté Urbaine, peut amener (mais ce ne peut être l’argument décisif, compte tenu du désargentement de l’Etat) une plus importante dotation de fonctionnement…

Fabius a raison

Mais cela coince (cf Paris-Normandie, 22 novembre 2008). Les uns reprochent à l’ancien Premier Ministre sa précipitation, voire son dirigisme. On croirait entendre ceux qui critiquent la méthode Sarkozy pour faire des réformes… Les autres craignent d’être fondus dans la masse… C’est-à-dire d’être dominés par l’actuelle « Agglo de Rouen », mastodonte parmi les pygmées. « Faut pas s’emballer », dit le Président de la CDC Seine-Austreberthe, Patrick Simon. « Un tel projet ne se décrète pas par un homme seul » assure Gilbert Renard, maire de Boisguillaume. Jean-Marie Aline, président de la COMTRY (CDC du Trait-Yainville) redoute de perdre sa liberté d’action et craint une microcentralisation. Hubert Saint, maire de Saint-Martin de Boscherville affirme : « Nous aurons une représentation trop faible au sein de la communauté urbaine »… La litanie de réticences qui ne volent pas bien haut, même si elles ont la légitimité de l’appui d’un électorat timoré, explique finalement l’échec momentané du projet fabiusien.

Echec total ?

Non ! Car si la Communauté Urbaine ne peut se faire, faute d’arriver au chiffre fatidique de 500 000 habitants, puisque la CDC Caux-Austreberthe dit carrément non et la CASE (Louviers – Val de Reuil) reste hésitante, il n’empêche que l’on s’achemine vers la « Grande Communauté d’Agglomération de Rouen », qui compterait tout de même quelque 495 000 habitants… Il est probable que Laurent Fabius compte, à la longue, récupérer les récalcitrants.

C’est tout de même beaucoup de temps perdu !

Et si l’on posait le problème autrement ?

D’abord, nous espérons à la suite de la Commission, Balladur que certaines… telles que l’existence de la C.D.C. Seine-Bord (Canton de Pont de l’Arche… sans Pont de l’Arche, qui adhère à la CASE Louviers Val de Reuil) seront remises en cause : l’Etat a quelques moyens de pression financiers… Cela permettrait une continuité territoriale totale entre la CASE et l’ensemble Rouen-Elbeuf…

Mais nous suggérons – parce que c’est la logique d’une « rurbanisation » qu’il faut savoir maîtriser – que le Pays du Roumois (étymologiquement le Pays de Rouen !), regroupant les CDC de Routot-Bourg-Achard, Bourgtheroulde et Amfreville-la-Campagne, soit sollicité pour faire partie de la Communauté Urbaine de Rouen. La plupart des salariés du Roumois travaillent à Rouen ou à Elbeuf et il existe un véritable problème de moyens collectifs de transports entre le Roumois et la Vallée de la Seine… Laurent Fabius pourrait trouver, là, le supplément de population qui lui fait défaut.

Certes, il y a des obstacles, dont le premier est la limite départementale (Le Roumois, comme la CASE et la CDC Seine-Bord, se trouve dans l’Eure), mais qui peut nier – notamment à Evreux, au Conseil Général – que cette partie du département de l’Eure se trouve dans l’attraction de Rouen et d’Elbeuf ?

Certains objecteront du pseudo-caractère rural des trois cantons roumoisans concernés : sociologiquement, ce n’est plus la réalité, et il nous souvient qu’au Conseil Economique et Social de « haute »-Normandie un rapport sur le devenir des espaces urbains normands préconisait la notion de « villes-parcs », d’inspiration très nordique…

Nous pensons, très franchement, que, d’une part, les forêts qui entourent l’agglomération rouennaise sont les poumons verts de cet ensemble urbain, que, d’autre part, la gare de Thuit-Hébert (qui aurait besoin d’un sacré « lifting ») pourrait devenir un « hub » intermodal, qui soulagerait la Rive Gauche de la Seine et pourrait se connecter au carrefour des autoroutes A 13 et A 28. Utopie ? Une des devises du Mouvement Normand proclame, « L’utopie est le refus du renoncement » et nous ne renoncerons jamais dès lors que l’intérêt de la Normandie exigera des solutions audacieuses.

Il faut oser !
Didier PATTE – Président du Mouvement Normand